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ΕΘΑΝΕ

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Levinas et Jésus: La Demeure comme fondement de l'existence

Image interieure de la Sagrada Familia (Barcelone)

Image interieure de la Sagrada Familia (Barcelone)

LA DEMEURE

Un jour, deux disciples de Jean Baptiste, à l’écoute des paroles de Jean qui disait « Voici l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde », décident de suivre le Christ. Ils laissent leur maître pour suivre Le Maître. Ils lui demandent : « Maître, où demeures-tu ? ». A Jésus de répondre : « Venez et voyez ».

Le mot « demeure », du latin « domus » qui se traduit encore comme « maison », est tout simplement le lieu où réside une personne. C’est son lieu d’habitation. Toutefois, ce mot peut revêtir toute une autre dimension du point de vu existentiel. On a coutume de dire « un homme sans terre n’est rien », mais moi je dirais qu’un « homme sans demeure n’est rien ». C’est dire que la demeure pour moi n’est pas seulement le lieu de mon habitation, mais aussi le fondement de mon existence d’homme terrestre.

La demeure comme fondement de l'existence humaine

Tout au long de la vie terrestre, chaque homme et chaque femme, ambitionne de se construire un abri privé, un chez-soi où il ou elle pourra résider, habiter, vivre et mourir. La maison devient alors le lieu où je peux accumuler des souvenirs, des biens et des richesses. C’est le lieu de mon repos intérieur et celui de ma jouissance égoïste. Je peux jouir tout seul de mes biens et de mes richesses. C’est donc la première considération du mot demeure. La demeure comme lieu d’accumulation et de jouissance personnelle.

La demeure est aussi ouverture à  l’extérieur par le biais de la fenêtre et de la porte. Je peux regarder l’autre, l’inconnu à travers la fenêtre de ma maison, de ma demeure. Je considère sa présence sans pourtant l’inviter chez moi. Cette ouverture à l’extérieur n’est qu’une ouverture partielle car je ne rencontre pas encore l’autre dans sa vérité  profonde. Je ne me découvre pas encore dans la vérité de ce que je suis. Je me connais uniquement comme jouissance et possession. Le regard est déjà une ouverture vers une autre réalité qui me dépasse. Cette réalité est tout autre que la mienne. Elle m’est Inconnue. L’Inconnu est celui-là qui me fascine : « Maître, où demeures-tu ? ». Il est un mystère pour moi, pour mon égoïsme car je me rends compte qu’il fait parti d’une catégorie de Bien que je ne peux pas posséder pour moi. Je ne peux pas le conserver pour moi seul dans ma maison. Il faut lui ouvrir la porte de ma demeure pour que le mystère qui m’intrigue puisse tomber.

La demeure  comme accueil de l’Inconnu

En posant la question primordiale, les deux disciples sortent et marchent à la rencontre de l’Inconnu. Ils sortent de ce lieu de la jouissance afin de faire l’expérience de la rencontre de l’Inconnu. Jésus accueil leur demande et les invitent à découvrir par eux-mêmes la vie nouvelle. Une rencontre qui se fait accueil mutuel. Dieu rencontre l’homme dans le lieu de la demeure. Dieu rencontre l’homme dans ce qu’il possède de plus chère, le Chez-soi. Dieu invite l’homme à le suivre. Dans ce double mouvement d’invitation et de sortie de Soi, se crée une intimité profonde qui change radicalement l’existence.

« Venez et voyez »

Le Regard. Cette action qui nous ouvre à ce qui existe. C’est un geste qui nous ex-pose. S’ouvrir à l’autre c’est prendre un risque. C’est prendre le risque de Voir, de Sentir et de Com-prendre (prendre avec soi). La jouissance égoïste nous met dans la situation de celui qui refuse de Voir ce qui n’est pas lui, de Sentir ce qu’il ne peut saisir et de comprendre ce qu’il ne peut posséder : C’est l’expérience de l’Impuissance et de la finitude. L’invitation au Regard nous révèle notre propre identité d’être fini. Notre fragilité se révèle au grand jour. « Venez et voyez ce qui Est ». Combien de fois sommes-nous témoins impuissant devant notre misère et celle des autres ? Combien de fois avons-nous fait l’expérience de nos limites humaines devant les évènements de la vie ? Regarder la réalité en face c’est prendre le risque de se dé-couvrir (enlever son masque) im-puissant (sans puissance). Toutefois, de la reconnaissance de notre impuissance jaillit l’Humilité. L’Humilité comme acceptation de sa juste place, de sa réalité propre d’être crée. Les disciples, en choisissant de suivre le Christ, s’engagent sur un chemin d’Humilité. La rencontre nous conduit inévitablement à un vécu-avec. Accepter de vivre-avec c’est accepter de se laisser trans-former (former, façonner au-delà de ce nous sommes) par le Tout Autre.

Pitti Djida Alain SJ

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